Moïse Marcoux-Chabot

Un long fleuve tranquille

«El Mar nos pertenece por derecho, recuperarlo es un deber.
(La mer nous appartient de droit, la récupérer est un devoir.)»
Devise des Forces Navales Boliviennes

Devise pleine de ressentiment, faisant référence à la perte d’une large portion du territoire bolivien en 1879, lors de la Guerre du Pacifique. Tout son accès à la mer a été perdu, au profit du Chili. Encore aujourd’hui, le souvenir de cette perte est présent dans le coeur de tous les Boliviens. Et les Forces Navales se contentent de silloner les différents fleuves.

Parlant de fleuves… On dit parfois que la destination n’a pas d’importance, que c’est le chemin pris pour s’y rendre qui compte. Il semble que j’aie appliqué cette formule à une partie de mon voyage. Embarqué le 23 juillet sur un bateau à Trinidad, j’ai descendu le Rio Mamoré pour débarquer le 29 à Guayaramerin, à la frontière du Brésil. Sans intentions aucunes de traverser la frontière.

Mon aventure, c’était le bateau. Et je suis bien tombé. Bon, pas la première fois, mais la deuxième, oui. Jai d’abord attendu 4 jours à Trinidad, un capitaine m’ayant promis son départ pour vendredi, puis samedi… puis mardi ! Après cette dernière rencontre, je suis retourné à Puerto Almacén. Une promenade sur la rive, quelques questions au sergent de la marine à la capitainerie, la recherche du bateau (pas trop difficile vu la quantité), un commandant qui accepte de me prendre à bord, un aller-retour à la ville pour récupérer mon sac à dos et me voilá embarqué.

Le bateau ? Le San Jorge. Un rafiot en bois d’environ 10 mètres par 4, premier étage style cargo, un gros moteur au diesel au milieu, et un deuxième étage avec une cabine pour le commandant, quelques tables, deux couchettes et trois hamacs. Dont le mien. L’équipage ? Un commandant, sa femme et leurs deux fillettes, quatres hommes, la fiancée de l’un d’eux, deux garçons et quelques poulets.

Bien sûr, ces bateaux ne voyagent pas 1000 km pour le simple plaisir d’être sur l’eau. Ils transportent des marchandises en tout genre et pour rentabiliser le voyage, ils remorquent (ou poussent) trois ou quatre bacs/cargos du même format. Dans notre cas, la marhandise principale était des vaches. Et oui, la région du Béni est une région de grands élevages, de cuir, de chapeaux de cowboys et de steaks saignants.

Mais… je prévois écrire un article sur ma descente de fleuve… Alors tant pis pour vous, je conserve l’exclusivité de cette histoire pour plus tard !

Arrivé à Guayaramerin, sous une chaleur amazonienne, je dois avouer que j’ai été tenté quelques instants par une traversée de quelques jours au Brésil. Mais après vérification, le voyage de retour vers Santa Cruz de la Sierra aurait pris trois jours en bus. L’avion a du bon, des fois… Et comme la liaison Guayaramerin/Santa Cruz se fait une fois semaine, précisément le lendemain, je suis resté un petit 24 heures là-bas. Le temps de visiter la ville , de boire une dizaine de jus de fruits/limonades/liqueurs et de me taper Delta Force II de Chuck Norris dans la salle de cinéma locale…

Le 30, petit vol en avion jusqu’à Santa Cruz. (Ici, on oublie le chemin, tout ce qui compte c’est la destination !) Il s’agit de la plus grande ville du pays, centre économique et industriel très développé. D’ailleurs, dans les conflits de mai-juin, la région de Santa Cruz était de l’autre côté de la balance: ils ne veulent pas des réformes sociales, ils veulent plus d’autonomie… les réserves d’hydrocarbures étant sous leurs pieds.

Après presque trois semaines dans les Yungas et le Béni, sur le fleuve et en Amazonie, j’ai pu laver mon linge… Ouf.

Pour vous dire comment Santa Cruz est développée, il y a de vrais supermarchés un peu partout. Et dans ces supermarchés, en fouillant un peu, on trouve pas 1, pas 2, mais jusqu’à 6 sortes de beurre de peanut !

Et enfin, j’ai pu voir Di buen día a papá, hier soir. Pour rester dans le même esprit, je repars dans quelques jours vers Vallegrande et La Higuera, où le film a été tourné et oú Ernesto Che Guevara est mort en 1967. Et ensuite Sucre.

Oh. 1er août. Premier jour de mon dernier mois. Wow.