Moïse Marcoux-Chabot

L’écho des casseroles

Une première version de ce texte a été publiée le 23 mai 2012 comme statut Facebook. Une version retravaillée a été archivée ici le 22 mai 2013.

casseroles

Manifestation de casseroles sur la rue Masson, mai 2012. Photo Moïse Marcoux-Chabot.

19h45. Nuit chaude de mai à Montréal. Je sors tranquillement de chez moi, un couvercle de chaudron à la main, et me dirige vers la rue Masson en compagnie d’une charmante porteuse de casserole.

20h00. Nous commençons à faire vibrer le métal à coup de cuillères de bois. La première note est claire et solitaire.

20h01. Quelques échos se font entendre, à un coin de rue sur Dandurand et dans une ruelle vers Laurier. Puis, des batteries de cuisine familiales commencent à nous suivre et des petits tapocheux de chaudrons en pyjama apparaissent devant nous.

Tout le monde se dirige vers l’église Saint-Esprit, point de convergence du tintamarre ambulant, encore peu bruyant.

 Nous y sommes. Le parvis se remplit rapidement. Puis la rue. Les balcons d’en face. Les rues voisines… Le trafic s’arrête.

Une marche de quelques centaines de personnes se met en branle.

– Cling ! Cling ! Clang ! Clang ! Clang !
– La loi spéciale !
– Cling ! Cling ! Clang ! Clang ! Clang !
– On s’en câlisse !

Pendant deux heures, la manifestation spontanée sillonne le quartier sans que jamais le silence ne revienne. La foule gonfle, inondée par des appuis sonores aux portes et aux balcons, qui viennent ensuite se greffer à la queue du cortège.

En peu de temps, nous voilà mille, puis deux mille, puis davantage, sans que je ne puisse arriver à compter. Mon regard ne porte pas jusqu’aux extrémités de la masse humaine en mouvement. 

Cinq mille voisins et voisines dans la rue ? Ça ne me surprendrait pas.


– Cling ! Cling ! Cling, cling, cling ! Clang, clang, clang ! Clang ! Clang, clang !
– Ce n’est qu’un début ! Continuons le combat !

Tous cognent sur le même rythme, les deux dernières syllabes frappées dans les airs. Jeunes et vieux en tous genres, souriant, marchant pour faire entendre leur voix qui, habituellement discrète, est souvent confondue avec le silence de la minorité puissante.

Pas une voiture de police. Pas une sirène, sauf celle des pompiers en appui. Non, les policiers sont trop occupés à foutre le bordel au centre-ville ce soir, comme tous les soirs.

Je pense à un message pour eux. Qu’ils retournent arrêter les mafieux véreux, les conducteurs ivres, les maires corrompus et les braqueurs violents, avant de perdre toute leur crédibilité «d’agents de la paix». 



Lorsque je quitte, une partie de la foule marche encore, sans relâche. Ma cuillère de bois est éclatée. Mon cœur est plein d’espoir. Tous les soirs, jusqu’à la victoire. Dans tous les quartiers de toutes les villes.

Le premier soir, vous serez seul.
Le second, vous serez dix.
Le lendemain, cent.
Puis mille.

À la fin, nous gagnerons.