Moïse Marcoux-Chabot

Fleur de lys

Texte original publié le 15 juin 2012 comme article Facebook. Révisé et publié ici le 17 décembre 2012.

Si Renaud était québécois, son nouvel album s’intitulerait Carré rouge sang et son hit serait Fleur de lys (pastiche sur le thème de la grève, à fredonner sur l’air de la chanson Hexagone).

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Ils s’embrassent au mois de janvier,
pour le nouvel an sous le gui,
mais depuis des éternités,
y’ont pas tell’ment changé l’pays.
Passent les jours et les semaines,
y a qu’le décor qui évolue,
la mentalité est la même,
tous des lâches, tous des lèche-culs.

Ils sont très peu, en février,
à se souv’nir de Colborne,
et des bourreaux assermentés
qui achevèrent sa besogne.
Le Québec est un pays de flics,
à tous les coins d’rue y’en a 100,
pour faire régner l’ordre public,
ils emprisonnent impunément.

Quand on bombarde au mois d’mars,
à l’est d’la Méditerranée,
ceux qui luttent contre Damas,
pour leur apprendre à s’révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s’enragent,
d’un tel abus de pouvoir,
mais ils oublient que l’éborgnage,
chez nous aussi s’exerce encore.

Être né sous l’signe d’la fleur de lys,
c’est pas c’qu’on fait d’mieux en c’moment.
Le roi des cons et de la police,
il n’vit pas qu’au Moyen-Orient.

On leur a dit, au mois d’avril,
à la télé, dans les journaux,
de ne pas déranger la ville,
que l’printemps c’était pas si tôt.
On leur vente l’exploration du Nord,
dans un salon économique débile,
et ils rient des brutalités dehors,
y m’font pitié ces imbéciles.

Ils réalisent, au mois de mai,
que le sang coule rouge et noir,
lors d’un congrès protégé,
par les serviteurs du pouvoir.
J’me souviens surtout d’ces moutons,
effrayés par la liberté,
s’en allant voter comme des pions
pour l’ordre et la sécurité.

Puis ils célèbrent au mois de juin,
le débarquement du Grand Prix,
les riches repartent avec le butin
pendant qu’eux fouillent n’importe qui.
Ils oublient qu’les gros bolides,
comm’la force et la répression
s’ils rendent les gens invalides,
nourrissent aussi l’indignation.

Être né sous l’signe d’la fleur de lys,
c’est pas la gloire, je vous le dis,
le roi des cons et de la police,
il n’est pas que bahreïni.

Ils font la fête au mois d’juillet,
en riant d’l’humour grossier,
d’un indigné un peu niais
qui crée lui-même les préjugés.
Ils s’abreuvent de bals populaires,
d’feux d’artifice et d’festivals,
ils pensent oublier dans la bière,
qu’ils vivent sous un régime féodal.

Au mois d’août là c’est l’été,
après une longue année d’usine,
ils crient : « Vive les congés payés »,
et oublient un peu la machine.
Prenant le bus pour la campagne,
ils vont polluer toutes les ondes,
que le meilleur menteur gagne,
et à son tour domine le monde.

Lorsqu’en septembre on les reprend,
ces cours qu’on a fait sauter,
avec une loi pour mettre en rang,
ils sont pas nombreux à gueuler.
Un petit ambitieux se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
l’individualisme c’est la gangrène
en droit comme en démocratie.

Être né sous l’signe d’la fleur de lys,
c’est vraiment pas une sinécure,
mais le roi des cons et de la police,
est arrivé ici, ça j’en suis sûr.

Les mois passent jusqu’en octobre,
le temps a fait son boulot,
ils ont oublié la crise ignoble,
et tous les jeunes mis au poteau.
Leurs armées exportent la terreur,
un peu partout à l’étranger,
mais quand c’est eux qui ont peur,
ils enferment le peuple ces tarés.

En novembre, c’est dans leurs autos,
qu’ils reprennent enfin les pavés,
mais comme dans les hôpitaux,
se plaignent d’être congestionnés.
La bagnole, le hockey et la télé,
c’est l’opium d’la Nouvelle-France,
leur supprimer c’est les tuer,
c’est une drogue à accoutumance.

En décembre c’est l’apothéose,
la grande bouffe et les p’tits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y a d’la joie dans les ghettos.
La Terre peut s’arrêter d’tourner,
ils disent bye-bye en riant gras,
moi j’voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux atocas.

Être né sous l’signe d’la fleur de lys,
c’est pas toujours encourageant,
si l’roi des cons perdait sa police,
y aurait 8 millions de remplaçants.