Moïse Marcoux-Chabot

Démonstration de force répressive (manif du 15 mars)

À l’occasion de la marche annuelle contre la brutalité policière organisée à Montréal par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), les forces de l’ordre ont fait une démonstration sans équivoque de leur pouvoir répressif.

Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a en effet appliqué avec vigueur l’article 2.1 du règlement municipal P-6 interdisant la tenue d’une manifestation sans itinéraire, ainsi que l’article 3.2 interdisant d’avoir le visage couvert sans motif raisonnable lors d’un attroupement public. Ces deux articles ont été ajoutés au «Règlement sur la prévention des troubles de la paix, de la sécurité et de l’ordre publics» de Montréal le 18 mai 2012 (PDF), dans le contexte de l’adoption du projet de loi 78 (loi 12) à l’assemblée nationale. La loi 12 a été ensuite abolie par le gouvernement péquiste, mais les modifications au règlement P-6 demeurent.

Depuis un an, le SPVM avait habitué les groupes de protestataires à une formule dont le glissement était prévisible, déclarant chaque manifestation dont l’itinéraire n’avait pas été donné comme «illégale mais tolérée». La tolérance, de la perspective de la puissance publique, correspond à une volonté de ne pas interdire ou ne pas exiger, alors qu’on en possède les moyens. Son propre est de ne jamais créer un droit, car la puissance publique s’arroge alors le droit de définir en dehors du domaine juridique le moment et le contexte où la tolérance devient intolérance. Qu’un corps policier municipal ait le pouvoir discrétionnaire d’interdire des attroupements publics qui ne sont pas encore considérés illégaux en vertu du Code criminel est pour le moins inquiétant.

Le 15 mars 2013, la manifestation n’a jamais été tolérée. Dès le début du rassemblement, à 17h, des arrestations dites «préventives» ont eu lieu au sein de la foule, provoquant des troubles de la paix publique probablement plus grands que la perturbation appréhendée. L’attroupement était déjà encerclé à ce moment par un important dispositif policier. Des lignes d’agents du groupe d’intervention empêchaient certains civils de se joindre au groupe et d’autres d’en sortir.

Dès le moment où la manifestation s’est mise en marche, sans avertissement, le SPVM et la Sûreté du Québec ont déployé encore plus massivement leurs troupes, séparant le groupe principal en deux. Les participants et participantes ainsi dispersés ont tenté par la suite de se regrouper, sans cesse rattrapés et repoussés par les policiers. De nombreuses arrestations isolées ainsi que deux arrestations de masse en souricière ont fini par avoir raison de la marche. Les journalistes, photographes et vidéastes qui couvraient l’événement, malgré leur présence massive, ont été constamment repoussés, gardés à l’écart des arrestations et même arrêtés dans certains cas.

Des policiers de Toronto, Ottawa, Gatineau et plusieurs autres villes étaient sur place tout au long de l »événement, en observation des techniques de contrôle de foule de leurs collègues montréalais. L’ensemble de l’opération policière peut être analysée comme une triple démonstration de force: démonstration à la population que la contestation de l’impunité policière n’est pas tolérée, démonstration aux manifestants et manifestantes du déséquilibre des forces en jeu ainsi que démonstration aux spécialistes du maintien de l’ordre des techniques répressives raffinées depuis un an à Montréal.

Démonstration de force répressive montre les événements tels que je les ai vécus, de façon partiale et partielle. Le montage a été réalisé chronologiquement et le son d’ambiance des scènes a été préservé.

Notes

Dossier sur les grenades assourdissantes mentionné dans la discussion finale.
L’utilisation dangereuse des grenades assourdissantes

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Images et montage:
Moïse Marcoux-Chabot
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Productions Ceci n’est pas un film, 18 mars 2013