Moïse Marcoux-Chabot

Critique du Canada par l’ONU: la vigilance s’impose

Texte original publié le 17 juin 2012 comme article Facebook. Publié ici le 22 décembre 2012.

Un communiqué1 commence à circuler sur le web et sera sans doute viral ce soir et demain. Je vous invite à être vigilants et vigilantes à sa lecture et en le partageant, si vous le partagez. Il s’agit d’un communiqué de l’organisme UN Watch, qui annonce dès aujourd’hui que le Canada sera critiqué demain par Navanethem Pillay, l’actuelle Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

UN Watch2 s’est donné le mandat de critiquer les critiques faites par l’ONU. Son objectif est «to monitor the performance of the United Nations by the yardstick of its own Charter3». Cette organisation base son communiqué sur le texte d’une adresse qui sera lue par Navanethem Pillay demain matin.

Comme cette organisation et son directeur exécutif, le montréalais d’origine Hillel Neuer, le précisent en peu de mots sur Twitter, l’essentiel de son communiqué réside dans l’idée que l’ONU critique le Canada, mais que c’est bien pire ailleurs:

@UNWatch
«Blame Canada: U.N. rights chief « alarmed » over Canadian law, but silent on China, Iran & Saudi Arabia: GENEVA4»

@HillelNeuer
«Tomorrow’s speech: UN rights chief to slam #USA #Canada > than #NorthKorea & #Syria; & ignore #China #Cuba #Iran #Saudi5»

D’abord, malgré ce que certains s’empressent déjà d’interpréter sans fondements, le Canada ne sera pas ajouté à une liste de surveillance quelconque du Conseil des Droits de l’Homme. La seule mention que Navanethem Pillay fera de notre situation, selon la version temporaire de son discours, est celle-ci, sur un texte de 3800 mots:

«Moves to restrict freedom of assembly continue to alarm me, as is the case in the province of Quebec in Canada in the context of students’ protests6».

Navanathem Pillay

Navanethem Pillay, Photo Antônio Cruz, Agência Brasil, Licence Creative Commons

Cela suffit pour faire réagir fortement UN Watch, qui consacre tout son communiqué à s’indigner de l’inclusion du Canada, surnommant au passage la Haut-Commissaire «la tsar des droits»:

«The rights czar reserves her sharpest language for Canada. While Pillay cites only two other countries in the world for restrictions on freedom of assembly—expressing « concern » about Russia, and « deep concern » for Eritrea—only Canada provokes her far stronger “alarm.”»

Neuer oublie de mentionner les autres pays que Pillay critique fortement pour des raisons autres que les restrictions à la liberté d’assemblée. Par exemple, à propos du Mexique:

«The dramatic increase in violence against journalistsin several countries in Latin America over the past months, is disturbing, with some Governments facing difficulties in providing them protection. In Mexico, for instance, six journalists have been killed within a 30-day period between April and May. Similar concerns may be expressed regarding such acts being committed in Honduras.»

Il néglige aussi de citer ce qui provoque un «deep concern» de la part de Pillay pour l’Éritrée, des préoccupations pourtant détaillées:

«The human rights situation in Eritrea is a matter of deep concern. Credible sources indicate that violations of human rights include arbitrary detention, torture, summary executions, forced labour, forced conscriptions, and restrictions to freedoms of movement, expression, assembly and religion. There are an estimated 5,000 to 10,000 political prisoners.»

Pour Neuer, le fait que la Haut-Commissaire, dans un rapport sur son travail récent et les nouvelles situations préoccupantes dans le monde, «s’alarme» à propos de la loi 78 est d’une gravité incroyable et mérite un communiqué de presse dénonciateur.

Car il s’agit bien là du propos. Le communiqué de UN Watch, s’il mentionne la critique vis-à-vis du Québec, ne donne aucune précision pour la comprendre. L’essentiel du communiqué est plutôt consacré à blâmer Pillay et redorer l’image du Canada, pays «libre et démocratique».

«Some human right experts questioned Pillay’s judgment and sense of proportion in turning an unprecedented spotlight on a country generally considered as one of the world’s most free and democratic.»

Et qui sont ces experts des droits humains cités par UN Watch ? On ne peut lire les propos que d’un seul, Hillel Neuer en personne, directeur exécutif du groupe, qui a d’ailleurs probablement rédigé le communiqué lui-même. Il est cité sur cinq paragraphes et s’empresse de défendre notre gouvernement libéral «élu démocratiquement»:

«She just needs to keep things in proportion. Quebec’s Bill 78 was adopted by an elected democracy and will now be scrutinized by a series of independent courts applying the world’s finest machinery for reviewing legislation according to constitutional human rights guarantees—the Charter process that’s already underway.»

Certes, il faut garder les choses en proportions. Certes, il serait déplacé de comparer le Québec à l’Iran, au Darfour ou au Tibet, même après l’adoption du projet de loi 78. Ce que Navanethem Pillay ne fait à aucun moment. Parlant de garder les choses en proportions, rappelons que sur une adresse de 3954 mots, Pillay n’en utilise que 27 pour s’alarmer de la situation au Québec.

Pourquoi UN Watch réagit-elle si brusquement à cette annonce ? D’abord, précisons que UN Watch est une organisation financée par plusieurs lobby néo-conservateurs américains et associée au American Jewish Committee ainsi qu’au World Jewish Congress. Ses interventions visent régulièrement à critiquer les critiques d’Israël. Elle a entre autres soutenu qu’un rapport de 575 pages du juriste Richard Goldstone sur les crimes de guerre à Gaza était «bon pour la poubelle.» Hillel Neuer, qui agit souvent comme porte-parole du groupe, a déjà attaqué vertement l’activiste Naomi Klein en la comparant au propagandiste nazi Goebbels 7.

Navanethem Pillay a quant à elle succédé en 2008 à la canadienne Louise Harbour. Elle est une experte en droits humains, on s’en doute, ayant entres autres siégé huit ans au Tribunal pénal international pour le Rwanda, dont quatre ans comme présidente, et était la seule femme juge à en faire partie.

À l’époque de sa nomination à l’ONU, les États-Unis auraient tenté officieusement de nuire à sa candidature en raison, notamment, de ses positions pro-avortement8. Navanethem Pillay est aussi l’une des cibles favorites de UN Watch, qui la critique régulièrement par des communiqués ou en publiant un rapport sur son travail9.

Le mandat de chien de garde de l’ONU dont s’est doté UN Watch justifie-t-il ce traitement ainsi que ces critiques systématiques et personnalisées ? Considérant la reconduction du mandat de Pillay le mois dernier dans des circonstances pour le moins particulières, tout porte à croire qu’il s’agit en fait d’un règlement de comptes de plus lié au conflit israélo-palestinien:

«La prolongation de son mandat, de deux ans au lieu des quatre habituels, est le fruit d’un compromis accepté par l’ONU sous la pression de certains pays, notamment des États-Unis qui ont peu goûté certaines positions de Navi Pillay à l’égard d’Israël, a-t-on appris auprès de diplomates de l’ONU. « Un compromis a été négocié. Washington peut travailler avec elle encore pendant deux ans mais les Etats-Unis n’aiment vraiment pas ses positions sur Israël et sur la question palestinienne », a indiqué un diplomate qui a requis l’anonymat. En août 2009, Navi Pillay a dénoncé le blocus israélien imposé à la bande de Gaza10».

J’en conclus que le communiqué de presse de UN Watch, qui circulera rapidement dans les réseaux étudiants québécois et risque d’être interprété à la hâte, vise d’abord à instrumentaliser la situation au Québec et l’intervention de Navanethem Pillay pour discréditer celle-ci. Sans doute repris dès demain dans les médias, puisqu’il s’agit de la première source d’information à propos de cette intervention, ce communiqué fournira aux éditorialistes réactionnaires des arguments gros comme le bras pour taper sur les étudiants québécois «qui se plaignent pour rien», «n’en ont que pour leur nombril» et autres banalités. Hillel Neuer, qui publie lui-même des éditoriaux dans le National Post, a certainement tout un réseau médiatique à sa portée. Et de nombreux commentateurs hostiles à la grève étudiante n’attendent qu’une exagération de ce genre pour monter aux rideaux.

En faisant circuler ce communiqué orienté dans leurs réseaux et en s’enthousiasmant du commentaire de Navanethem Pillay sans le mettre en contexte, les militants et militantes risquent fort de nourrir une bête qui s’apprête à les mordre.

Comme toujours, la vigilance est de mise lorsque l’on consulte ou partage un communiqué de presse. Quand une organisation publie un communiqué, rappelons-nous… qu’elle a un message à communiquer.

Mises à jour

#1: Voyons déjà cet article de TVA Nouvelles qui reprend intégralement «les nombreux experts» du communiqué. Il est fascinant de constater qu’ils ont mis les mots de Neuer entre guillemets mais pas l’introduction, qui vient pourtant du même communiqué:

«Des experts en matière des droits de l’homme ont remis en question le jugement et le sens des proportions de Mme Pillay quant à sa décision de braquer les projecteurs sur un pays considéré comme un des plus libres et démocratiques au monde.

« Bien que le Canada puisse s’attirer à juste titre quelques critiques », selon Hillel Neuer, directeur d’UN Watch et Montréalais d’origine, « de détourner ainsi l’attention internationale avec ce qui, dans le contexte mondial, est un cas absolument marginal, soit une loi qui est déjà contestée par la Cour Supérieure du Québec […] est tout simplement absurde »11».

#2: C’est sans surprise que le Journal de Montréal reprend le même texte que TVA, rédigé par l’agence QMI. Là aussi, les guillemets sont conservés seulement pour les paroles supposément citées dans le communiqué, mais pas pour les fameux autres «experts en matière de droits de l’homme».

Notons le titre de l’article: «La haute-commissaire des droits de l’homme de l’ONU sonne l’alarme». Il me semble y avoir une différence sémantique importante entre «être alarmée» et «sonner l’alarme», le premier utilisé par Pillay dénotant une inquiétude ou une crainte ressentie, alors que le second interprété par le Journal de Montréal signifie l’envoi d’un signal de danger12.

#3: Même article de QMI dans le journal 24H Montréal, avec la même citation non citée13. Prévisible.

#4: Le site Wikistrike14 tombe dans le panneau de la bonne nouvelle et relaie le communiqué intégral en confondant les sources: «Je l’ai trouvé sur le blog UN Watch, le blog officiel du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU». Comme plusieurs font et feront l’erreur, ce site interprète d’on ne sait où que «Le Canada [est] mis officiellement sous surveillance par l’ONU».

#5: C’est au tour du gouvernement conservateur de Stephen Harper de critiquer l’ONU et Mme Pillay, en réutilisant sensiblement les mêmes arguments que Hillel Neuer:

«Le lieutenant de Stephen Harper au Québec, Christian Paradis, qualifie d’«étrange» et de « préoccupante » la sortie de la haut commissaire, Navi Pillay. « Lorsqu’on voit l’ONU sortir avec une déclaration comme ça, c’est un peu préoccupant, a affirmé M. Paradis. C’est étrange qu’on ne parle pas, par exemple, de ce qui sévit en Iran, au Bélarus, au Sri Lanka, en Syrie. » […]

Le ministre Paradis estime que les citoyens qui sont en désaccord avec la loi spéciale ont la possibilité de la contester devant les tribunaux, ce que les associations étudiantes ont déjà fait15».

L’article de La Presse fait aussi mention de précédentes critiques adressées par les conservateurs à l’ONU:

«La sortie du ministre Paradis est la dernière d’une série de critiques formulées par les conservateurs contre l’ONU. Plusieurs ministres ont écorché le rapporteur sur la sécurité alimentaire, le mois dernier16».

Fait intéressant, ces critiques avaient aussi été déclenchées par une intervention de Hillel Neuer, cette fois dans un éditorial du National Post17. Dans une autre version de cet éditorial sur le blogue de UN Watch, Neuer s’empresse d’associer Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU, à l’organisme Droits et Démocratie:

«Tomorrow he begins an 11-day investigation of Canada. De Schutter’s senior adviser, Priscilla Claeys, previously worked with Oxfam Canada, part of the group that is unofficially coordinating his visit, and with Rights and Democracy—a Canadian agency soon to be shut down18».

Rappelons que c’est le gouvernement conservateur qui a décidé de mettre fin à l’organisme Droits et Démocratie, après de nombreuses ingérences et attaques à l’égard de ce groupe de défense des droits qui critique, entre autres, les violations des droits humains en Israël19.

#6: Si l’on se fie à ce nouvel article de Radio-Canada, les termes exacts utilisés par Mme Pillay sont légèrement différents et encore plus nuancés que ceux annoncés par UN Watch hier. Désormais, si les mesures générales visant à restreindre la liberté de réunion dans le monde sont alarmantes, celle du Québec sont seulement décevantes:

« »Les mesures visant à restreindre la liberté de réunion dans de nombreuses parties du monde sont alarmantes », a déclaré la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Navi Pillay, à l’ouverture de la 20e session du Conseil des droits de l’homme, à Genève, lundi matin.

« Dans le cadre de manifestations étudiantes, je suis déçue par la nouvelle législation adoptée au Québec qui restreint les droits à la liberté d’association et de réunion pacifique », a-t-elle poursuivi20».

Cela n’empêche pas Joseph Lavoie, un porte-parole du ministre conservateur John Baird, de faire une sortie semblable à Pierre Paradis en utilisant lui-aussi les mêmes arguments que Neuer:

«Le Canada, y compris le Québec, a de solides systèmes juridiques par lesquels les citoyens peuvent contester les lois votées par leurs assemblées élues […] Nous trouvons étrange que, dans sa déclaration d’aujourd’hui, le Haut-Commissariat des Nations unies sur les droits de l’homme [fait une telle référence au Québec] tout en ignorant complètement les graves violations des droits de l’homme en Iran, en Biélorussie et au Sri Lanka21».

#7: La réaction de Jean Charest est arrivée de Rio, après les premières montées aux rideaux des ministres conservateurs. De façon prévisible, comme l’ont fait ses propres ministres face aux précédentes inquiétudes de l’ONU vis-à-vis du Québec, il balaie les préoccupations de Navanethem Pillay du revers de la main. Avec un style qui lui est familier, le Premier ministre se concentre sur un seul élément simpliste et facile à retenir: huit heures, c’est moins que trente jours22.

Lire mon analyse détaillée de cette réaction dans mon article du 18 juin:
Huit heures au Québec, trente jours à Genève: est-ce un argument valide ?

#8: Couverture du National Post, mardi 19 juin:
national-post-18juin2012

Dans l’article associé, nous avons encore droit à une citation non-vérifiée de Hillel Neuer:

«Hillel Neuer, executive director of the non-governmental organization UN Watch, said that when he organizes demonstrations outside the UN’s Geneva headquarters he has to follow stricter rules than those in Bill 78.

« When I do a human-rights rally, I have to fill out all kinds of police permits, and I doubt that she’s ever issued a statement saying that the demonstrators in front of her building don’t have enough rights, » Mr. Neuer said23».

Il suffit en effet d’une simple recherche pour confirmer que les Nations Unies ont bel et bien dénoncé la règlementation genevoise24

Références

  1. UN Watch, 17 juin 2012, «First time: U.N. puts Canada on human rights watchlist
    over Quebec demo law», http://www.unwatch.org/…
  2. Page Wikipédia sur UN Watch, http://en.wikipedia.org/…
  3. UN Watch, «UN Watch Mission & history», http://www.unwatch.org/…
  4. UN Watch, Tweet du 17 juin 2012, https://twitter.com/…
  5. Hillel Neuer, Tweet du 17 juin 2012, https://twitter.com/…
  6. Navanethem Pillay, «Address to UN Human Rights Council» (version temporaire du 17 juin), http://blog.unwatch.org/…
  7. Right Web (Institute for Policy Studies), 1er décembre 2011, «UN Watch Profile», http://rightweb.irc-online.org/…
  8. Samantha Singson, Catholic Family & Human Rights Institute, 24 juillet 2008, «UN Secretary General Nominates Abortion Advocate for Top Human Rights Post», http://www.c-fam.org/…
  9. UN Watch, 14 mai 2012, «ONG: le renouvellement du poste de la Commissaire aux droits de l’homme Pillay devrait être précédé par un débat public sur son bilan», http://unwatchenfrancais.blogspot.fr/…
  10. Agence Reuters in L’Express, 25 mai 2012, «Navi Pillay reconduite aux droits de l’homme à l’ONU», http://www.lexpress.fr/…
  11. TVA Nouvelles/Agence QMI, 17 juin 2012, «Loi 78: L’ONU sonne l’alarme», http://tvanouvelles.ca/…
  12. Journal de Montréal/Agence QMI, 17 juin 2012, «Loi 78: La haute-commissaire des droits de l’homme de l’ONU sonne l’alarme», http://www.journaldemontreal.com/…
  13. 24H Montréal/Agence QMI, 17 juin 2012, «Loi 78: L’ONU sonne l’alarme», http://www.24hmontreal.canoe.ca/…
  14. Wikistrike, 18 juin 2012, «Important: Le Canada mis officiellement sous surveillance par l’ONU à cause de ses atteintes aux droits de l’Homme suite à la loi 78», http://www.wikistrike.com/…
  15. Denis Lessard et Martin Croteau, La Presse, 18 juin 2012, «Loi 78: Québec et Ottawa critiquent la haute-commissaire de l’ONU»http://www.lapresse.ca/…
  16. Idem
  17. Hillel Neuer, The National Post, 4 mai 2012, «As much of the world starves, a UN hunger expert investigates Canada», http://nationalpost.com/…
  18. Hillel Neuer/UN Watch, 6 mai 2012, «As much of the world starves, UN sends hunger probe to… Canada», http://blog.unwatch.org/…
  19. Radio-Canada, 3 avril 2012, «Le gouvernement Harper abolit Droits et Démocratie», http://www.radio-canada.ca/…
  20. Radio-Canada, 18 juin 2012, «Loi 78: la situation au Québec est « alarmante », selon l’ONU», http://www.radio-canada.ca/…
  21. Idem
  22. Denis Lessard et Martin Croteau, La Presse, 18 juin 2012, «Loi 78: Québec et Ottawa critiquent la haute-commissaire de l’ONU», http://www.lapresse.ca/…
  23. Hillel Neuer cité par Graeme Hamilton, The National Post, 18 juin 2012, « »Selfish » UN is picking on Quebec over protest law», http://nationalpost.com/…
  24. Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, 9 mars 2012, «Les modifications de la loi sur les manifestations menacent les libertés fondamentales»http://www.ohchr.org/…