41°C à l’ombre
2 juin 2007«Dans votre documentaire, serez-vous acteur aussi ? Ou vous resterez derrière la caméra ?»
Atchenemou Azoudoum Samuel, membre de Rafigui
On ne m’avait pas menti. Le Tchad doit bien être l’un des pays les plus chauds du monde. Étendu sur une natte dans le hangar central de la concession de la famille Amboussidi, j’écoute la radio du quartier Chagoua. J’y apprends, sans grande surprise, qu’il fait 41°C à l’ombre. Alors je lézarde, comme les petits reptiles qui se promènent sur le sol et les murs de terre glaise, les margouillards. Quoique je n’aurais pas l’énergie, comme eux, de me battre pour défendre mon coin de mur. Ils courent, frétillent la queue et agitent leur tête orangée de haut en bas pour protéger leur territoire. J’ai plutôt besoin d’un peu de repos, après les dernières journées bien mouvementées.
29 mai, 20h30, atterrissage à l’aéroport de N’Djamena. Ouverture de la porte, une bonne grande bouffée de chaleur africaine, et c’est parti pour trois mois de découvertes et de rencontres. Je commence par éviter les formalités douanières avec un commissaire de police, oncle de l’ami d’un ami. Allez hop, on passe la barrière de sécurité et on récupère en vitesse les bagages, pendant qu’une équipe de télévision occidentale est aux prises avec les services frontaliers.
Dès la sortie, je suis accueilli en grand par l’équipe de Rafigui. Une dizaine de membres sont présents, le papa de mon ami Mini-Mini Médard y est aussi et l’euphorie est au rendez-vous. Présentations, salutations, et on embarque dans la boîte du camion qui nous emmène au quartier Chagoua. Sur le trajet, malgré le vent, la poussière et les rues pas toujours éclairées, on me présente rapidement les bâtiments administratifs, ministères et autres palais présidentiels. Un petit arrêt pour visiter le siège de Rafigui, un local pas très grand mais qui permet au journal de tenir ses réunions et de brancher ses quelques ordinateurs.
On m’emmène ensuite chez la famille Amboussidi, avec qui je passerai les deux premières semaines. Un des fils, Bruno, est le président de l’association Rafigui, alors que son frère aîné, Nestor, était membre dans les débuts du journal mais travaille maintenant dans les camps de réfugiés de Farchana, près de la frontière du Darfour. Un bon repas nous attend, partagé à l’africaine, dans une grande assiette commune.
Depuis ce premier soir, la vie suit très bien son cours. Il y a des tas de formalités à remplir (présentation aux autorités, enregistrement, permis de séjour, autorisation de prise de photos, etc.) et on me renvoie d’un ministère à l’autre. J’ai la chance d’avoir avec moi les membres de Rafigui, qui se relaient pour me diriger dans la ville. Véritables interprètes culturels, je ne sais pas comment je me débrouillerais sans eux. Les déplacements en ville nous donnent aussi l’occasion de rendre visite à des parents, amis ou collègues de classe. On m’a présenté à tellement de gens déjà, j’ai de la difficulté à retenir les noms ! L’accueil est toujours chaleureux et le français permet d’échanger quelques mots. En effet, la plupart des tchadiens rencontrés parlent au moins une ou deux langues venant de leurs parents, le français, l’arabe tchadien, le Ngambay et parfois l’anglais. Alors que le français sert surtout à l’école et dans les affaires publiques (radio, journaux, gouvernement, associations, etc.), l’usage de l’arabe tchadien et du Ngambay est assez courant dans la rue et les langues natales ressurgissent derrière les portes de la concession familliale.
Je m’y attendais un peu, mais ici la connexion internet est lente et coûteuse. Alors pour l’instant, je vais restreindre mes envois à des articles texte. Pour les photos, on verra plus tard. Quant aux extraits vidéos, je crois bien que nous devrons attendre à l’automne… Mais si ça continue comme c’est parti, je vous assure que je reviendrai au Québec avec une tête remplie de souvenirs à partager et un sac rempli de vidéos et de photos incroyables. L’approche participative en anthropologie visuelle fait déjà ses preuves… Réservez vos places pour les projections, car elles feront salle comble !
